mardi, avril 26, 2005

J'voudrais travailler encore, travailler encore....

La théorie de la valeur travail est peut-être la dernière chose qui m'empêchera d'être un vrai libéral.

Hier soir s'est amorcée la descente de charge du haut Fourneau 6 de Seraing. Ce matin à 11h 56 le haut fourneau avait vécu. Mais c'est rien, c’est juste la préfiguration la fin de la phase à chaud de la sidérurgie sur le bassin de Liège.

On peut se rassurer en disant qu'un accord a été mis au point entre Arcelor et le Gouvernement wallon. Ce même Gouvernement wallon qui sentant la fin proche et se rendant tardivement compte de son incapacité de porter une stratégie industrielle a refilé il y a quelques années la patate chaude au groupe Arcelor.

On peut essayer de se rassurer mais un détail est édifiant. Un des points d'accord entre la Gouvernement wallon et Arcelor mentionne la mise en place sur le bassin de Liège d'une vitrine de l'acier wallon. Bruxelles a son façadisme architectural, la Wallonie exprime sa créativité dans le façadisme industriel. (Avez-vous lu Tintin au pays des soviets ?) Moi je vous le dis, la Belgique se vide...

Sinon restent les témoignages des travailleurs. Travailleurs qui voient un métier - le leur - disparaître. Travailler en haut fourneau s'apparente (s'apparentait) à travailler sur un volcan. C'est quelque chose d'énorme. Ces témoignages m'ont fait penser à une autre histoire industrielle : les mines de charbon. Je repense à ces mineurs de la région de Lens dont j'ai lu des témoignagnes dans La Voix du Nord lors de la fermeture des derniers puits de mine. Là aussi des hommes usés, rongés de l'intérieur par la silicose, obligés de passer la fin de leurs jours attachés à des bombonnes d'oxygène regrettaient leur métier. Regrettaient notamment de ne plus pouvoir le transmettre à leurs enfants.

Je trouve important que mes enfants voient ce que c'est que mon travail. Je les ai emmené avec moi une journée pendant les vacances de Pâques. Résultat de l'expérience, voici comment Théo décrit mon travail : "Papa il joue à l'ordinateur et rigole dans des réunions."

On a la valeur travail qu'on peut !

Et alors quoi ?
Et alors ça... Lavilliers qui écrit pour son père :

Les mains d'or

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes - portails verrouillés
Wagons immobiles - tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé

On dirait - la nuit - de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces - le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant

J'voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or

J'ai passé ma vie là - dans ce laminoir
Mes poumons - mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là - les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée sur l'espoir

On dirait - le soir - des navires de guerre
Battus par les vagues - rongés par la mer
Tombés sur le flan - giflés des marées
Vaincus par l'argent - les monstres d'acier

J'voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or

J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien - moi
Y a plus rien à faire
Quand je fais plus rien - moi
Je coûte moins cher - moi
Que quand je travaillais - moi
D'après les experts

J'me tuais à produire
Pour gagner des clous
C'est moi qui délire
Ou qui devient fou
J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien - moi
Y a plus rien à faire

Je voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or...


Lavilliers réveille-toi ils sont devenus fous. D'ailleurs, Lavilliers passe un soir prochain à Charleroi. Un grand soir ?

Haut fourneau de Charleroi, il a été mon voisin pendant 5 ans.
Je me souviens de ses craquements le jour où il s'est arrêté

Crédit photo : http://www.uzines.org - Extra comme site.

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

J'aime cette chanson de Lavilliers, mais j'aime beaucoup ce qu'il fait, en règle générale.
Je l'ai vu deux fois en concerts dont une fois où il y a eu une coupure de courant. Et bien, ce bonhomme, sans se démonter, à assurer comme il le pouvait pendant les dix minutes que cela a duré. D'autres auraient tiré la gueule, lui a le respect de son public. Ca fait la différence.

10:58 AM  

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