vendredi, janvier 27, 2006

Regarde les femmes tomber


La difficulté d'être est pour moi un attracteur étrange.



Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? - Aragon


Parlons aujourd'hui plutôt de la difficulté d'être de ceux qui m'entourent.

2006, avait très mal commencé pour 4 amis.

Ces 24 dernières heures, à nouveau trois autres très chères, m'ont fait part de leurs difficultés. Cela m'impressionne, l'échos de toutes ces vibrations, toutes ces souffrances intimes.

Et dire qu'il y en a tant (que je connais moins) pour qui tout a toujours l'air de super bien se passer.

Croire qu'il est possible et nécessaire de s'accomplir dans ses fragilités, c'est une phrase que j'aime beaucoup. C'est ce que je leur dit, c'est là-dessus que j'essaye de maintenir un être avec... S'accomplir dans ses fragilités !


Curieusement, au milieu de tout cela moi je vais bien,
- j'ai réservé 6 jours de vacances professionnelles en Calabre hier
- j'ai pris possession de ma Kangoo rouge ce matin.

S'il ne se connaissait pas si bien,
Mapirle se dirait presque serein.

mardi, janvier 24, 2006

Lettre à un jeune bloggeur

Paris, le 17 février 1903.

Cher Monsieur,

Votre lettre vient à peine de me parvenir. Je tiens à vous en remercier pour sa précieuse et large confiance. Je ne veux guère plus. Je n'entrerai pas dans la manière de vos vers, toute préoccupation critique m'étant étrangère. D'ailleurs, pour saisir une œuvre d'art, rien n'est pire que les mots de la critique. Ils n'aboutissent qu'à des malentendus plus ou moins heureux. Les choses ne sont pas toutes à prendre ou à dire, comme on voudrait nous le faire croire. Presque tout ce qui arrive est inexprimable et s'accomplit dans une région que jamais parole n'a foulée. Et plus inexprimables que tout sont les œuvres d'art, ces êtres secrets dont la vie ne finit pas et que côtoie la nôtre qui passe.

Ceci dit, je ne puis qu'ajouter que vos vers ne témoignent pas d'une manière à vous. Ils n'en contiennent pas moins des germes de personnalité, mais timides et encore recouverts. Je l'ai senti surtout dans votre dernier poème : « Mon âme ». Là quelque chose de propre veut trouver issue et forme. Et tout au long du beau poème « A Léopardi » monte une sorte de parenté avec ce prince, ce solitaire. Néanmoins, vos poèmes n'ont pas d'existence propre, d'indépendance, pas même le dernier, pas même celui à Léopardi. Votre bonne lettre qui les accompagnait n'a pas manqué de m'expliquer mainte insuffisance, que j'avais sentie en vous lisant, sans toutefois qu'il me fût possible de lui donner un nom.

Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l'avez déjà demandé à d'autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d'autres poèmes et vous vous alarmez quand certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m'avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c'est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d'écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Votre vie, jusque dans on heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d'une telle poussée. Alors, approchez de la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. N'écrivez pas de poèmes d'amour. Evitez d'abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles. Là où des traditions sûres, parfois brillantes, se présentent en nombre, le poète ne peut livrer du propre qu'en pleine maturité de sa force. Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n'est pauvre, il n'est pas de lieux pauvres, indifférents. Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor de souvenirs ? Tournez là votre esprit. Tentez de remettre à flot de ce vaste passé les impressions coulées. Votre personnalité se fortifiera, votre solitude se peuplera et vous deviendra comme une demeure aux heures incertaines du jour, fermée aux bruits du dehors. Et si de ce retour en vous-même, de cette plongée dans votre propre monde, des vers vous viennent, alors vous ne songerez pas à demander si ces vers sont bons. Vous n'essaierez pas d'intéresser des revues à ces travaux, car vous en jouirez comme d'une possession naturelle, qui vous sera chère, comme d'un de vos modes de vie et d'expression. Une œuvre d'art est bonne quand elle est née d'une nécessité. C'est la nature de son origine qui la juge. Aussi , cher monsieur, n'ai-je pu vous donner d'autre conseil que celui-ci : entrez en vous-même, sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. C'est là que vous trouverez la réponse à la question : devez-vous crée ? De cette réponse recueillez le son sans en forcer le sens. Il en sortira peut-être que l'Art vous appelle. Alors prenez ce destin, portez-le, avec son poids et sa grandeur, sans jamais exiger une récompense qui pourrait venir du dehors. Car le créateur doit être tout un univers pour lui-même, tout trouver en lui-même et dans cette part de la Nature à laquelle il s'est joint.

Il se pourrait qu'après cette descente en vous-même, dans le « solitaire » de vous-même, vous dussiez renoncer à devenir poète. (Il suffit, selon moi, de sentir que l'on pourrait vivre sans écrire pour qu'il soit interdit d'écrire.) Alors même, cette plongée que je vous demande n'aura pas été vaine. Votre vie lui devra en tout cas des chemins à elle. Que ces chemins vous soient bons, heureux et larges, je vous le souhaite plus que je ne saurais le dire.

Que pourrais-je ajouter ? L'accent me semble mis sur tout ce qui importe. Au fond, je n'ai tenu qu'à vous conseiller de croître selon votre loi, gravement, sereinement. Vous ne pourriez plus violemment troubler votre évolution qu'en dirigeant votre regard au dehors, qu'en attendant du dehors des réponses que seul votre sentiment le plus intime, à l'heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner.

J'ai eu plaisir à trouver dans votre lettre le nom du professeur Horacek. J'ai voué à cet aimable savant un grand respect et une reconnaissance qui durent déjà depuis des années. Voulez-vous le lui dire ? Il est bien bon de penser encore à moi et je lui en sais gré.

Je vous rends les vers que vous m'aviez aimablement confiés, et vous dis encore merci pour la cordialité et l'ampleur de votre confiance. J'ai cherché dans cette réponse sincère, écrite du mieux que j'ai su, à en être un peu plus digne que ne l'est réellement cet homme que vous ne connaissiez pas.

Dévouement et sympathie.


Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète
Tous droits réservés © Editions Grasset

vendredi, janvier 20, 2006

Ablation de la question du sens

Dans ma vie
J'ai fait face à ces questions du sens,
J'y ai perdu beaucoup d'énergie, beaucoup de moi.

Hier Mathilde ma fille recevait son deuxième bulletin
Après un premier bulletin mauvais
Le deuxième était plein d'améliorations.

Voir son regard d'oiseau perdu s'éclairer devant sa maîtresse
L'entendre être félicitée pour sa créativité.
Sentir les "j'en suis capable" se construire en elle.

Y'a plus à chercher loin pour trouver du sens à ma vie !

mardi, janvier 17, 2006

Surréalisme culinaire

La scène se passe hier. Monsieur mon chef invite son état major a une petite halte gastronomique pour lancer l'année. Le lieu choisi : les foudres à Etterbeek. Nous sommes 4, trois d'entre nous prennent du Marcassin comme plat principal. Deux - dont mapirle - demandent une cuisson rosée. Tout cela est enregistré. Les plats arrivent... Tous de la même cuisson, c'est-à-dire plutôt à point. On le fait remarquer au serveur qui nous explique qu'à cause de "la ténia" on est obligé de cuire comme cela. Il nous précise que c'est aux cuisines qu'on lui a dit cela. A l'affut de notre hilarité, le chef de salle arrive à sa rescousse et fait venir le cuisinier qui nous explique qu'à cause du ténia il est obligié de cuire commme cela. Il enchaîne en disant que la viande de boeuf expérimente un autre ténia (plus long nous dit-il) et qu'il force toujours sur la cuisson pour ne pas prendre de risque.

Nous voilà donc venu pour un bon gueulleton pour nous retrouver finalement en train de discourrir un bon quart d'heure sur le ténia...

Cela se passe comme cela avec le ténia... pourrait devenir le slogan des foudres !

Bon appêtit si vous passez à table !

vendredi, janvier 13, 2006

Conditions salons




Voici ma voiture (PicNic) :



Elle m'a lâché ce jeudi....








Voici celle qui va lui succèder








Moralité


Quand au début du salon de l'auto
PicNic casse sa pompe à eau
Mapirle ne lui tord pas le cou
mais tourne son coeur vers la Kangoo

mardi, janvier 10, 2006

Jeu concours - Paris funèbres









Il paraît que Jean Yanne qui vous vous en doutez fait partie du panthéon personnel de Mapirle. Il paraît donc que Jean Yanne pariait chaque fin d'année sur les morts probables de l'année qui allait suivre.

Le principe est simple il s'agit de lister les noms des personnes que l'on croit voir mourrir au cours de 2006. Celui qui gagne est celui qui a le plus
de morts annoncées qui se réalisent. En cas d'égalité c'est le côté hâtif de la cinquième mort qui emporte le morceau. On y va ? Cette année Mapirle parie sur la mort :

- d'Ariel Sharron, cela a l'air d'être une valeur sûre,


- du Roi Albert II de Belgique qui va voir son règne s'arrêter entre les cuisses d'une des dernières recrues du renouveau charismatique. Mort d'un trop plein d'émotions... L'effusion de l'esprit quoi !,
- de l'institutrice de sa fille Mathilde parce qu'il ne faut pas toujours que cela soit les meilleurs qui partent,

- de Brigitte Bardot car 2006 initiera la fin du règne animal,
- de Marie Arena qui n'aura plus en 2006 les moyens de faire changer les ampoules de sa salle de bain et qui voguera dès lors allègrement vers son foudroiement électrocutif budgétaire. (Là seuls quelques rares belges francophones comprendront).

Voilà les jeux sont faits. A vous de parier sur vos morts !


Le gagnant se sera invité par Mapirle au Mont Liban à Bruxelles.

Sachez, que l'année de sa mort Jean Yanne avait parié sur lui... et qu'il avait gagné !

dimanche, janvier 08, 2006

Quelques mots à propos d'Ernaux

Je vous disais dans mon billet désordre amoureux mon goût pour l'écriture d'Annie Ernaux.

Annie Ernaux, je l'ai découverte à travers la lecture de La place, Une femme, Passions simples. Ecriture sans superflu, sans effets de manches, juste les faits et les sensations liées aux faits. Au milieu d'un contexte social, de rapports sociaux et pour être plus précis d'un prisme d'un rapport au monde aujourd'hui devenu si peu moderne, tellement jugé obsolète qu'est la domination sociale.

Annie Ernaux s'est très vite détachée de la fiction, elle se livre, enfin elle choisit - c'est son désir - de livrer des parts de son intimité.

Je crois que ma sensibilité à Ernaux est de cet ordre là. Le monde bourgeois continue aujourd'hui à nous imposer son bon goût, une manière d'être, de s'habiller, de penser, de parler.

Le plus violent aujourd'hui où la notion de classe sociale prête presque à sourrire c'est que le mode de vie bourgeois n'est plus considéré comme le mode de vie bourgeois, mais comme
la norme. Annie Ernaux dit d'elle qu'elle vient du monde des dominés. C'est à la fois son origine sociale et le fait qu'elle ait pu s'en extraire qui fonde son désir d'écriture. Mais laissons-la parler.

"J'ai toujours le sentiment qu'il y a un gouffre entre le monde de la littérature et la vie des gens dominés. Au vu de mes origines sociales, je suis consciente de la chance inouïe que j'ai eue de pouvoir m'approprier un langage qui n'était pas le mien, et qui, en écho à ce que disait Genet, est " la langue de l'ennemi ", celle des dominants. Cela crée un sentiment de responsabilité. Ce pouvoir du langage, je ne pourrais pas m'en servir pour publier de jolis livres, ça ne m'intéresse pas. Pour autant, je n'écris pas des oeuvres militantes : le langage des militants est nécessairement simplificateur, il ne peut pas dire l'expérience vécue. Pour dévoiler les mécanismes d'injustice à l'oeuvre dans notre société, j'essaie plutôt de restituer mes propres sensations de la manière la plus authentique, et, ce faisant, de provoquer peut-être celles du lecteur. "

mardi, janvier 03, 2006

2006 - Gardons le meilleur...

Nous voici en 2006, Mapirle vous souhaite de garder le meilleur et se fait aider en cela par Claude Semal mamifère chantant :

Gardons le meilleur de l'amour
A deux dans un fauteuil
Câlins baisers velours
Le chagrin romantique
Les leçons d'anatomie
La méthode Coué
Des amours incompris
Le coeur secoué
Comme un chat qui vomit
On a déjà donné
Déjà payé le prix

Gardons le meilleur de l'amour
Ce sentiment velu
Et nu comme un tambour
Pas la jalousie pas
Le plan maman/papa
Le dimanche à la mer
Avec les enfants
Devant la télé
Parce qu'il pleut sur la digue
Depuis trois jours
Pas maintenant

Gardons le meilleur de l'amour
Le meilleur de l'amour
Gardons le meilleur de l'amour

Gardons le meilleur de l'amour
Un grand verre d'eau glacé
Sucré sur le pourtour
La ligue anti-alcoolique
Les campagnes anti-tabac
Et les travaux pratiques
Du double célibat
Le coeur convulsé
Comme un chat qui se noie
On a déjà donné
Déjà porté la croix

Gardons le meilleur de l'amour
Ton regard dans tes yeux
Avec des poils autour
Pas la comédie pas
Le mariage etcaetera
Le plan maison/parents
Hypothéqué sur vingt ans
Dans mon lit
Pas de curés d'état
Pas de familles pas de lois
Rien que nous trois
L'amour toi et moi

Gardons le meilleur de l'amour (3x)
L'amour à chaud café au lait au lit
L'amour à cru dans son petit habit
L'amour à point ni trop dur ni trop cuit
L'amour amant-ami aussi
Pour toute le vie
Sinon pour toute la nuit

Gardons le meilleur de l'amour
Ce doigt d'éternité
Qui doit finir un jour
Pas la tragédie pas
Les sept ans de malheur
La chemise trouée
Toujours plus près du coeur
Dans ton lit
Rien que nous deux
Comme si on était amoureux

Claude Semal